Zidane : "je vais faire de l'humanitaire"
La FIFA annonce suite à ses sanctions envers Zidane et Materazzi ce que zizou veut faire : Le Français.. a décidé de purger ses trois matches de suspension sous la forme d'"activités humanitaires (...) en faveur des enfants et des adolescents".











L’honneur kabyle
Pierre Bourdieu, qui a élaboré toute une anthropologie de l’honneur kabyle, n’aurait pas été étonné que Zidane soit plus soucieux de son capital symbolique que de son capital monétaire. Bourdieu regrettait que la modernité -et c’est là le message philosophique de sa sociologie- ait sacrifié les valeurs ancrées dans la nature anthropologique de l’homme des sociétés traditionnelles -honneur, courage, solidarité, humilité…- au profit d’artifices et d’artefacts comme le capital monétaire, acquis souvent par héritage, et devenu critère universel de distinction et de hiérarchie. Le coup de tête que Zidane a donné, sous les yeux médusés de centaines de millions de spectateurs du monde entier, pour regrettable qu’il soit, signifie que la modernité doit s’accommoder des valeurs comme la dignité et l’honneur, sinon les sentiments de nos héros n’obéiront qu’à la logique financière imposée par leur image commerciale. Si c’est le cas, la modernité aura encore fait un pas en arrière par rapport à ce que devrait être notre éthique.
Le coup de tête de Zidane: Capital symbolique contre capital commercial
Par Lahouari ADDI
Lahouari Addi, économiste et socio-logue, a enseigné à l’université d’Oran, avant de devoir fuir son pays pour des raisons de sécurité. Il est aujourd’hui intégré au corps enseignant de l’Institut des études politiques («Sciences Po») de Lyon en France. Il enseigne aussi aux Etats-Unis. Il a publié «Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu. Le paradigme anthropologique kabyle et ses conséquences théoriques», édition La Découverte, 2002
Zineddine Zidane a expliqué à la télévision pourquoi, malgré les enjeux de la finale de la Coupe du monde 2006, il a donné le fameux coup de tête entré dans l’histoire du football. La victime, le joueur italien Materazzi, avait reconnu avoir insulté le joueur franco-algérien qu’il a trouvé arrogant. Les supporters français, frustrés par la défaite aux penalties d’un match à la portée de leur équipe, se sont demandés pourquoi Zidane avait fait cela?
La question est légitime car ce geste violent et anti-jeu ne correspond pas à l’image éthérée des héros des stades. Zidane est une image, et il est devenu en quelques années une icône. Les Français l’aiment parce qu’ils les confortent dans la croyance de l’excellence de leur modèle d’intégration des étrangers, bien qu’il soit l’arbre qui cache les banlieues dont le malaise profond conduit à des émeutes récurrentes.
· Un symbole complexe
Les Français d’origine maghrébine et africaine, vivant dans ces banlieues difficiles, l’aiment aussi parce qu’ils sentent qu’il est l’un des leurs. Et il est encore plus populaire dans les pays musulmans, de l’Indonésie au Maroc, où il sert aux jeunes à établir un pont imaginaire avec cette France mythique que certains tentent de rejoindre au prix de leurs vies en traversant à la nage le détroit de Gibraltar sur des barques de fortune.
Zidane est un symbole complexe des rapports entre l’Occident, dont fait partie son pays d’adoption, et le tiers-monde d’où sont originaires ses parents. Il conforte les uns dans leur conviction de la supériorité et l’universalité de leur civilisation, et incite les autres à croire que le salut est une entreprise individuelle dont la réussite commence après le détroit de Gibraltar.
Abdelaziz Bouteflika a invité officiellement Zidane à visiter son pays d’origine. Il a cependant oublié qu’il avait prononcé quelques jours auparavant un discours fustigeant les porteurs de la double nationalité. Pourtant par cette invitation, le président algérien encourage implicitement les jeunes à partir à l’étranger, leur promettant reconnaissance et honneur s’ils réussissent comme Zineddine, fermant les yeux sur la détention d’un passeport étranger, précisément celui de l’ancienne puissance coloniale (Ndlr: détention qui est officiellement très mal vue en Algérie, en réalité très courue). Mais Bouteflika, comme le rapporte l’opinion à Alger, n’est pas à une contradiction près. Ayant perdu leurs convictions révolutionnaires, beaucoup de dirigeants du tiers-monde tentent de tirer profit de n’importe quel événement médiatique autour de sujets consensuels.
· Image commerciale
Zidane ne parle pas et c’est cela aussi sa force. Il joue le jeu en se montrant digne de confiance de son pays d’adoption. Il marque des buts, il en fait marquer surtout, au bonheur de supporters qui l’admirent pour son efficacité de joueur mais aussi pour son humilité et sa modestie. Mais le coup de tête asséné à Materazzi leur a fait découvrir un autre Zidane à qui beaucoup pardonnent car, disent-ils, après tout, c’est un être humain.
Peut-être que sans ce coup de tête malheureux, la France aurait remporté la Coupe du monde de football 2006. Peut-être.
Il n’empêche, disent certains, qu’il aurait dû garder son sang-froid. Un grand joueur déjoue les pièges qui lui sont tendus pour l’énerver.
Le plus grand perdant dans l’affaire est Zidane lui-même qui risque de ne pas signer à nouveau des contrats juteux avec des marques célèbres qui achètent des images lisses et des visages doux supposés ajouter de la qualité à leurs produits. Dans la société de consommateurs anonymes que nous sommes, sortir de l’anonymat est une source potentielle de richesses. Si un visage est reconnu par des millions de spectateurs, ce visage procurera une rente colossale à son propriétaire. Cependant, les grandes marques recherchent des personnages consensuels à qui le futur consommateur s’identifie en lui prêtant toutes les qualités du genre humain. Danone et Adidas préfèrent ainsi des vedettes angéliques qui sourient à des gamins plutôt que des joueurs assommant sur le terrain leurs adversaires avec des coups de tête. Pourtant, le geste de Zidane n’est pas dénué de leçon. Au risque d’écorner son image publicitaire rapportant des millions d’euros, il a réagi à des insultes portant atteinte à son honneur et à sa dignité. Après tout, le football est un jeu et il ne vaut pas la peine d’être joué si l’on s’expose à des insultes.
Bien qu’intégré dans la société française, Zidane n’a pas intégré l’habitude de la société marchande où la seule valeur est la valeur monétaire. Il accepte les règles du complexe commercialo-sportif sans pour autant renoncer à sa dignité et son honneur qu’il met au-dessus de considérations mercantiles. Son geste a exprimé qu’il n’était pas qu’un «homo publicitus», qu’il n’est pas qu’un homme-sandwich.
Rédigé par: momo | 20 juillet 2006 at 18:22
Il faut rappeler que Zidane est français.., voire aussi l'art. du monde http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-797539,0.html
Rédigé par: Inter-Flou/2 | 22 juillet 2006 at 00:56